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À
la conquête de la rivière

Il
était une fois un jeune homme qui, dès son enfance, avait
appris à faire du canot avec ses parents. Tous les jours, il
allait se promener sur la rivière et ses randonnées étaient
très longues. Parfois, il se promenait seul; d'autre fois, il
emmenait des gens avec lui car il aimait beaucoup la présence
d'amis.
Un
beau jour qu'il sillonnait la rivière calme sous un soleil
resplendissant, il vit apparaître au loin une série de remous
inquiétants. Comme il avait déjà l'expérience des rapides et
qu'il savait bien contrôler con embarcation, il ne s'en fit pas
outre mesure. Son gilet de sauvetage était au fond du canot et
il se dit que s'il en avait besoin, il serait toujours le temps
de l'endosser.
Tout
à coup, une bourrasque de vent venue de nulle part se leva si
rapidement qu'il fut projeté vers les rapides à une vitesse
vertigineuse. Il commença à avoir peur. Mais comme il avait déjà
vu des canotiers traverser ces rapides par fort vents, il se dit
:«Si d'autres ont réussi, je devrais surmonter l'épreuve moi
aussi.» Cela le rassura un peu.
Malgré
tout, chaque fois qu'il faisait un mouvement avec sa rame, son
canot se heurtait à de gros rochers. Il continua à ramer et à
s'agrippe tant bien que mal aux bords de son canot. Il voulut
endosser son gilet de sauvetage mais ce dernier avait basculé
par-dessus bord. Alors, malgré le fait qu'il sache bien nager,
la peur s'empara de lui de plus en plus. Il pagayait à droite
et à gauche, mais en vain! Il perdait le contrôle de sa frêle
embarcation emportée par les rapides et ses forces diminuaient
graduellement, si bien que ses rames lui échappèrent. Il ne
voyait plus à l'horizon que des tourbillon violents, des vagues
et des rochers. Le beau soleil si chaud avait lui aussi disparu.
Ses yeux balayaient la rive et il ne voyait personne. Pourtant,
dans ses randonnées précédentes, il y avait toujours plein de
gens sur les berges à qui il aurait pu demander de l'aide. Il
avait beau crier «Au secours! Au secours!», il avait
l'impression que le vent emportait sa voix. Sa peur augmentait,
ses forces déclinaient et il se sentait si seul, si isolé.
Il
songeait à se laisser chavirer quand tout à coup, il entendit
une voix «Accroche-toi! Tiens bon! je suis là!» D'où venait
le message? Quel était ce miracle?
Se
ressaisissant, il s'essuya les yeux du revers de sa manche et il
vit soudain plusieurs visages familiers sur le rivage. Lui qui
pensait que tous l'avaient abandonné, il s'aperçut que ce n'était
que l'eau dans ses yeux et la sueur qui coulait de son front qui
avaient brouillé sa vision. Les amis qu'il ne voyait plus étaient
toujours là, l'appelant et lui lançant des cordes, des bouées
et des gilets de sauvetage. Toutes ces personnes qui l'aimaient
tant, il les avait oubliées et de les voir se démener ainsi
afin de le sauver lui redonna force et courage. Il se souvint
alors qu'il avait laissé une vieille rame au fond de canot; il
s'en empara et s'approchant du rivage, il réussit à attraper
des cordes lancées çà et là sur l'eau. Et comme il ne
voulait pas quitter la rivière, il se laissa guider par ces
cordes tressées d'amour.
Le
vent tomba, le cours d'eau se calma de plus en plus et le soleil
réapparut.
Il
se demanda alors pourquoi il avait l'impression qu'il faisait
aussi sombre que dans un tunnel au moment où il était au beau
milieu des rapides. Il se retourna et vit qu'il avait passé un
couloir où les arbres étaient tellement fournis qu'ils lui
cachaient le soleil. De plus, il n'avait pas pris le temps de
lever la tête pour voir qu'un gros nuage lui avait
temporairement caché le soleil; tout comme l'eau, le froid et
le vent l'avaient empêché de voir tous ces gens suivre son
itinéraire.
Il
tenait toujours toutes ces cordes qui lui avaient été lancées,
ces cordes qui l'avaient guidé, dirigé vers la fin des rapides
et qui lui avaient permis de se reposer et de reprendre des
forces. Il les laissa échapper une à une et, d'un signe de la
main, remercia tous les gens qui les lui avaient lancées. Bientôt,
on n'entendit plus que le bruit calme de l'eau qui coule
doucement.
Notre
petit homme se promit que désormais, aucune rapide ne lui
ferait plus peur puisqu'il savait maintenant que tous ces gens
seraient toujours là et qu'ils pourraient toujours compter sur
eux. Et il se dit: «Si ces gens m'aiment tant, c'est que je
suis quelqu'un et que je me dois de m'aimer moi-même.»
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